Chronique: que sera demain, l’après Coronavirus ?

Dans cet article, l’essayiste camerounais Komidor Njimoluh Hamidou dresse une perspective du monde après le Covid-19. Pour lui, l’éradication de la pandémie devrait être une prise de conscience de la fragilité des alliances actuelles entre humains. Un réajustement de la coopération, du rapport universel à la richesse pour un monde plus juste et plus équitable.

Chronique: que sera demain, l’après Coronavirus ?
Komidor Njimoluh Hamidou est docteur d’État en science politique à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Il est auteur notamment de l’ouvrage intitulé : Les fonctions politiques de l’école au Cameroun 1916-1976, paru aux éditions l’Harmatan.

Notre unique humanité s’est révélée au grand jour, et le devoir de solidarité planétaire demande à s’imposer aux humains comme solution idéale pour sauver notre monde.

La pandémie du jour est toute particulière. Elle ne discrimine personne. Elle ne discrimine ni les riches ni les pauvres, ni les pestiférés des en-dessous du seuil de la pauvreté, ni les adulés de la jet star économico-politique. Coronavirus entre en tout et partout sans restriction, partout où les mesures de prévention sont absentes ou non observées.

Coronavirus est un test pour l’humanité, test pour mesurer le degré de fragilité des alliances entre les humains, test pour évaluer la masse critique de réchauffement de nos systèmes de coopération, des entreprises de nos solidarités, la masse critique des inégalités entretenues entres les Humains, entre les Peuples, entre les Nations de ce monde.

Coronavirus voit se dévoiler quelques pans de l’entreprise de l’inégalité économique.

Il y en a de ce monde qui ont de l’eau en abondance pour se laver les mains, du gel désinfectant et des masques en quantité voulue pour se protéger.

Il y en a à qui des toilettes dans leurs maisons, qui des robinets d’eau, de l’électricité pour s’échauffer, pour éclairer… bref qui, gens bien de là-bas, peuvent être confinés pour maximiser leur chance de survie.

Mais il y en a, les trois quarts du monde et plus, dans les bidonvilles de nos villes, les laissés pour compte de nos villages, ceux-là qui n’ont ni eau, ni gel, ni le moindre équipement, ceux-là non globalisés du monde global, les hors monde que méconnaissent les entreprises onusiennes, les systèmes des multinationaux, ceux-là absents de tous les plans Marshall, méconnus de CAC40, du Wall Street et autres places financières. Pour ceux-là les mesures de confinement les achèveraient seulement.

L’Occident s’est levée ces jours de Coronavirus et a ignoré toutes les règles de régulation économique, les conventions entre États. L’Occident fait tourner la planche à monnaie à haute pression, chacun cherchant à sauver son économie.

Où sont-ils, les restes du monde pour vous soustraire des pesanteurs du Fonds Monétaire International et toutes les conditionnalités qui freinent et vous empêchent à devenir acteurs de votre propre destin ?

Que sera demain de l’après Coronavirus ?
On a vu le système esclavagiste s’effondrer, l’esclavage a survécu, le sort du Nègre n’a pas changé. On a assisté à la fin du commerce triangulaire, de la colonisation et les vœux pieux des fins de l’impérialisme, mais le commerce inique a survécu, les plus nantis et plus armés restent les plus forts et l’organisation du monde demeure sous le statut du droit de véto. On a vécu des guerres destructrices de l’humanité, ces types de virus sortis de l’esprit des Hommes, mais le monde s’en est sorti avec une redistribution inégalitaire des pouvoirs et des biens, des modes de coopération qui divisent le monde en sujets et objets, en acteurs et en marginaux dans la gouvernance du monde.

Peut-on rêver demain, l’après Coronavirus, un nouveau monde ? Un monde sans conditionnalités où la planche à monnaie tournera pour les marginaux d’Afrique, de Sumatra et des Andes ; un monde qui mettra fin aux égoïsmes des Nations au profit des solidarités manifestes. Pourrait-on rêver qu’il adviendra un nouveau système de coopération plus juste, pour une juste reconnaissance de notre unique humanité ?

Peut-on espérer au réveil des Afriques, ces marginalisées du monde d’aujourd’hui ? Peut-on espérer à une nouvelle prise de conscience pour un changement de modes de penser, pour un retour à nos modes de sentir et d’agir, un retour à de nouvelles re- conceptions de notre monde africain, plus responsable, plus juste, plus organisé, plus anté-ponant ? Peut-on rêver à la résurgence d’une élite de responsabilité, d’une élite se sacrifiant à l’autel de l’intérêt général ?

Rêvons, espérons… dans le respect des mesures de prévention contre le Coronavirus.

Oui, espérons toujours… pour la gloire de l’Afrique. Espérons à la perfection de l’Humanité.

Oui, nous vaincrons ce Coronavirus. Plus que le Coronavirus, il restera encore ce paradoxe d’une Afrique riche et pauvre et cette misère endémique qui endeuille toujours l’Afrique, et dont le salut viendra d’une révolution des mentalités pour une Afrique renaissante./-

Komidor Njimoluh Hamidou

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