CEMAC: l’urgence d’un débat dépassionné et sincère sur le FCFA

Le débat sur la gouvernance monétaire en Afrique centrale s’impose plus que jamais ; au moment où les experts s’accordent à dire qu’à défaut d’une sortie des Etats de la monnaie communautaire (FCFA), une restructuration s’impose. Les balbutiements des réserves de change des Etats de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale(CEMAC), couplés à une régulation...

CEMAC: l’urgence d’un débat dépassionné et sincère sur le FCFA
De droite à gauche : Daniel Ona Ondo(Président de la Commission de la CEMAC), Abbas Mahamat Toli(Gouverneur de la BEAC), Fortunato Ofa-Mbo Nchama(président de la BDEAC) et Gilbert Ondogo (président du conseil des ministres du PREF-CEMAC) après une audience avec Idriss à N’Djamena le 19 févier 2018. Crédit Photo : PRC

Le débat sur la gouvernance monétaire en Afrique centrale s’impose plus que jamais ; au moment où les experts s’accordent à dire qu’à défaut d’une sortie des Etats de la monnaie communautaire (FCFA), une restructuration s’impose. Les balbutiements des réserves de change des Etats de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale(CEMAC), couplés à une régulation quasi répressive – qui réduit presque à néant les crédits à la consommation des ménages et encore plus les crédits à la production – ont fait naître un débat explosif sur la monnaie communautaire (le FCFA).

Comme l’actuel président de la commission de la CEMAC, Daniel Ona Ondo, beaucoup pensent qu’il faut poser sereinement le débat notamment sur la régulation, la politique de change et le taux directeur de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC). Au siège de la Banque de France, le 14 février, Daniel Ona Ondo déclarait « qu’on ne peut plus faire l’économie du débat sur le franc CFA », alors qu’il participait à une table ronde de haut niveau sur« les politiques monétaires et de change pour un développement durable dans les pays à faible revenus ». Une prise de position saluée par les couches populaires et « l’intelligentsia », surtout qu’elle a été exprimée au siège même de la Banque de France où les Etats de la CEMAC sont tenus de déposer 50% leurs avoirs issu du commerce extérieur. Deux représentants du trésor public français siège également au sein du Conseil exécutif de la BEAC appliquant leurs droits de véto quand les politiques préconisés ne correspondent pas aux attentes de Paris…

Au cœur de cette controverse – portée essentiellement par les masses populaires frappées de plein fouet par un marasme économique chronique dû en grande partie à l’exclusion financière – les intellectuels semblent avoir saisi le problème et planchent de plus en plus sur les solutions.

L’urgence liée au déficit de financement de l’économie

La nécessité de poser clairement le débat sur le FCFA se justifie d’autant plus que les Etats peinent à financer la structuration de l’économie et à constituer des réserves de changes suffisants pour garantir la parité actuelle avec l’Euro. Fin avril 2018, la BEAC indiquait que les avoirs extérieurs bruts de la CEMAC ont reculé de 3,4 %. L’encours des réserves de change s’est situé à 3 069 milliards FCFA, représentant 2,5 mois d’importations, en-deçà du seuil minimum requis de 3 mois. La situation n’est guère reluisante aujourd’hui.

La zone monétaire reste accrochée à un accord entre la République du Congo et le Fond monétaire international (FMI). De nombreux acteurs de l’économie se réjouissaient, en mai 2019, de l’accord de restructuration trouvé entre le Congo et son créancier Exim Bank China au sujet d’un montant de dette équivalent à 2,5 milliards de dollars américains.

Une réjouissance qui pourrait tourner court. Selon les experts, le FMI rejetterait  les propositions de réforme du Congo « tant qu’il n’y aura pas une transparence totale sur l’encours réel de la dette congolaise » qui a constitué l’un des gros boulets du programme des réformes économiques, décidé par les chefs d’Etats de la CEMAC, lors de la réunion de crise de décembre 2016 à Yaoundé.

Plus que jamais, comme le demande le président de la Commission de la CEMAC – qui vient de confirmer l’organisation à venir d’une rencontre dans ce sens par ladite communauté sous régionale – il est temps d’organiser des discussions de haut niveau entre les partenaires que sont les États de la CEMAC, la Banque de France, le FMI et la Banque Mondiale.

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